
Un arrêt cardiaque peut survenir à n’importe quel moment, dans un open space, une salle de sport, un hall de gare ou une salle de classe. En France, 40 000 à 50 000 morts subites d’origine cardiaque sont recensées chaque année, avec un taux de survie qui dépasse rarement 5 %. Pourtant, lorsqu’un défibrillateur automatisé externe est utilisé précocement, associé à un massage cardiaque, les chances de survie peuvent être multipliées par 4 à 5. Pour un employeur, un gestionnaire d’ERP ou un responsable HSE, se doter de DAE fiables et bien positionnés n’est plus seulement un geste citoyen : c’est un levier majeur de prévention des risques et un enjeu juridique de premier plan. Face à l’abondance d’offres et à une réglementation devenue dense, une approche structurée permet de déployer un dispositif cohérent, efficace et conforme.
Cadre réglementaire des défibrillateurs automatisés externes (DAE) en entreprise et ERP en france
Obligations légales issues du code du travail pour l’équipement des locaux professionnels en DAE
Le Code du travail n’impose pas, à ce jour, de manière générale la présence d’un défibrillateur automatisé externe dans chaque entreprise. Les articles R.4224-14 à R.4224-17 exigent toutefois un matériel de premiers secours adapté aux risques, facilement accessible, ainsi qu’une organisation des secours internes. En pratique, il revient à l’employeur, via le DUERP (document unique d’évaluation des risques), d’analyser la pertinence d’un DAE au regard de la taille du site, des risques spécifiques (travaux électriques, efforts physiques importants, ambiances thermiques extrêmes) et de l’éloignement des secours.
Cette analyse doit être menée avec le médecin du travail, le CSE et le référent santé-sécurité. Dès lors que le choix d’installer un défibrillateur en entreprise est acté, l’employeur doit définir un cadre précis : modalités d’utilisation, emplacement, procédure d’alerte, formation des sauveteurs secouristes du travail, intégration du DAE dans le plan d’organisation des secours. Un DAE vient compléter, et non remplacer, les obligations classiques de prévention des risques professionnels. Pour vous aider à choisir un appareil adapté au monde du travail, la gamme de défibrillateurs Securimed offre un large panel de modèles conformes à la réglementation française.
Décret n°2018-1186 et arrêté du 29 octobre 2019 : obligations d’équipement en DAE des ERP de catégories 1 à 4
Pour les établissements recevant du public, le cadre juridique est nettement plus prescriptif. Le décret n°2018-1186 du 19 décembre 2018, codifié aux articles L.157-2 et R.157-1 à R.157-4 du Code de la construction et de l’habitation, rend obligatoire l’installation de DAE dans les ERP des catégories 1 à 4, quel qu’en soit le type, ainsi que dans certains ERP de catégorie 5 (structures d’accueil pour personnes âgées ou handicapées, établissements de soins, gares, établissements sportifs clos et couverts, refuges de montagne, etc.).
Le calendrier a été progressif : 1er janvier 2020 pour les ERP de catégories 1 à 3, 1er janvier 2021 pour la catégorie 4, et 1er janvier 2022 pour les ERP de catégorie 5 concernés. L’arrêté du 29 octobre 2019 précise les modalités d’installation, la signalisation normalisée et la déclaration sur la base de données nationale Géo’DAE. L’exploitant doit garantir un emplacement en permanence accessible, visible du public et clairement indiqué par une signalétique verte à pictogramme normalisé. Un DAE mutualisé est possible entre plusieurs ERP sur un même site, à condition que chaque établissement puisse disposer d’une défibrillation en moins de cinq minutes.
Normes techniques applicables aux DAE : marquage CE, conformité à la norme NF EN ISO 60601-2-4 et recommandations ANSM
Un défibrillateur n’est pas un équipement banal : il s’agit d’un dispositif médical de classe III, soumis au règlement (UE) 2017/745. Chaque DAE doit porter le marquage CE médical et être conforme à la norme NF EN ISO 60601-2-4, qui encadre les exigences de sécurité et de performance des défibrillateurs. La notice d’utilisation doit détailler les conditions de maintenance, les autodiagnostics réalisés, la durée de vie des électrodes et des batteries, ainsi que les plages de température admissibles.
Les recommandations de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) complètent ce socle en listant les rappels produits, les consignes de matériovigilance et les bonnes pratiques d’exploitation. Pour vous, cela signifie qu’un achat « low cost » sans garantie de suivi peut exposer l’entreprise à un risque majeur : un DAE non conforme ou non maintenu peut entraîner une défaillance au moment critique, avec derrière, une mise en cause juridique lourde.
Responsabilité civile et pénale de l’employeur, du propriétaire d’ERP et du gestionnaire de site en cas d’arrêt cardiaque
En cas d’arrêt cardiaque sur un lieu de travail ou dans un ERP, la responsabilité de l’exploitant se joue sur plusieurs plans. Sur le terrain civil, une faute dans l’organisation des secours (absence de DAE alors qu’un risque était avéré, maintenance négligée, accès impossible) peut être considérée comme une perte de chance d’éviter le dommage, entraînant une indemnisation des victimes ou de leurs ayants droit. La jurisprudence sur les noyades en piscine municipale ou les malaises en milieu scolaire illustre clairement cette logique.
Sur le plan pénal, l’article 121-3 du Code pénal (mise en danger d’autrui, délits non intentionnels) peut être mobilisé, notamment en cas de manquement délibéré à une obligation de sécurité ou de prudence prévue par la loi. Le Code de la santé publique prévoit en outre, pour le défaut de maintenance d’un dispositif médical, des peines pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Pour un employeur, intégrer le risque d’arrêt cardiaque dans la politique de prévention n’est donc pas une option cosmétique, mais un véritable enjeu de maîtrise du risque juridique.
Coordination avec les SDIS, SAMU-Centre 15 et référent santé-sécurité au travail pour la mise en conformité
La mise en conformité d’un parc de DAE gagne en efficacité lorsqu’elle s’inscrit dans une logique de coordination. Le SAMU – Centre 15 et les SDIS (services départementaux d’incendie et de secours) sont des partenaires techniques précieux pour affiner le positionnement des appareils, définir des procédures d’alerte et sécuriser la remontée d’informations vers les secours. La base nationale Géo’DAE permet justement aux régulateurs d’indiquer au témoin le DAE disponible le plus proche.
En interne, le référent santé-sécurité au travail, le responsable sécurité incendie, les services généraux et le médecin du travail doivent travailler ensemble. Leur rôle est de traduire la réglementation en consignes opérationnelles : qui va chercher le DAE, qui pratique la RCP, comment guider les secours jusqu’à la victime, comment consigner l’incident dans le registre de sécurité. Sans cette coordination, un défibrillateur reste un boîtier au mur, et non un maillon actif de la chaîne de survie.
Typologie des défibrillateurs pour les entreprises et lieux publics : DSA, DEA, dispositifs connectés
Différence opérationnelle entre DSA (semi-automatique) et DEA (entièrement automatique) en milieu professionnel
Entre DSA (défibrillateur semi-automatique) et DEA (entièrement automatique), le fonctionnement de base reste identique : analyse du rythme cardiaque, décision de choc, guidage vocal de l’utilisateur. La différence se joue au moment de la délivrance du choc. Le DSA demande à l’utilisateur d’appuyer sur un bouton pour déclencher le choc, ce qui lui laisse le temps de vérifier que personne ne touche la victime. Le DEA, lui, délivre le choc automatiquement dès que l’analyse le juge nécessaire.
En milieu professionnel, le choix dépend souvent de l’environnement. Dans un site bruyant ou très stressant, certains responsables privilégient le DEA pour réduire le risque d’hésitation. D’autres préfèrent le DSA, appréciant de garder la main sur le moment exact de la défibrillation. Dans les deux cas, les messages vocaux et parfois visuels guident un utilisateur non médicin pas à pas, ce qui rend l’appareil utilisable par tout salarié ou témoin présent.
Critères techniques de choix d’un DAE pour open spaces, entrepôts logistiques, sites industriels ou commerces
Pour choisir un défibrillateur en entreprise, la première question à se poser n’est pas « quel modèle est le moins cher ? », mais « dans quel environnement va-t-il devoir fonctionner ? ». Un open space ou une boutique climatisée n’impose pas les mêmes contraintes qu’un entrepôt logistique non chauffé ou qu’un site industriel exposé à la poussière. Température de fonctionnement, indice de protection contre l’eau et la poussière, robustesse du boîtier, simplicité d’interface sont des critères déterminants.
Autre point clé : la facilité de prise en main. Un écran avec pictogrammes clairs, un métronome pour guider le massage cardiaque, des messages disponibles en plusieurs langues peuvent faire la différence dans un contexte d’urgence. Enfin, il importe d’anticiper le coût global sur plusieurs années : prix d’achat, coût des électrodes, durée de vie des batteries, contrat de maintenance. Un appareil légèrement plus cher à l’achat mais avec des consommables longue durée peut s’avérer plus économique sur dix ans.
Défibrillateurs connectés et télésuivi : exemples de modèles cardiac science, zoll, philips HeartStart, schiller
Les dernières générations de DAE introduisent une dimension connectée très intéressante pour vous, surtout si vous gérez un parc multi-sites. Certains modèles de fabricants comme Cardiac Science, Zoll, Philips HeartStart ou Schiller intègrent une connectivité GSM, WiFi ou Ethernet. L’appareil transmet alors automatiquement ses autodiagnostics à une plateforme centrale, qui alerte en cas de batterie faible, d’électrodes périmées ou de défaut interne.
Cette télésurveillance transforme la maintenance préventive : le responsable sécurité n’a plus besoin de vérifier physiquement chaque coffret chaque semaine, il dispose d’un tableau de bord consolidé. C’est un peu l’équivalent d’un « check engine » automobile permanent pour votre dispositif de défibrillation. Dans un grand centre commercial ou un réseau d’agences, ce type de DAE connecté réduit considérablement le risque de découvrir une défaillance le jour où l’appareil est indispensable.
Compatibilité électrode/adulte-enfant, autonomie batterie et durabilité en environnement extérieur (IP55, coffrets chauffants)
Un autre critère souvent sous-estimé est la compatibilité pédiatrique. Certains DAE proposent des électrodes spécifiques pour enfants, d’autres une clé pédiatrique qui adapte l’énergie de choc. Si votre établissement accueille du public jeune (écoles, centres commerciaux, piscines), cette fonctionnalité est vivement recommandée. La gestion de l’autonomie batterie est tout aussi stratégique : selon les modèles, la durée de vie varie de 3 à 7 ans, avec ou sans transmission de données.
Pour une installation extérieure, la résistance aux intempéries devient prioritaire. Un indice de protection type IP55 est un bon repère, associé à un coffret chauffant/ventilé maintenant l’appareil dans la plage de température recommandée par le fabricant. Sans cette protection, le gel, la chaleur ou l’humidité peuvent altérer le gel des électrodes ou les composants électroniques, rendant le défibrillateur inopérant au pire moment.
Implantation stratégique des DAE en entreprise et dans les ERP : cartographie des risques et accessibilité
Analyse de risque cardio-vasculaire par zone : ateliers de production, parkings souterrains, halls d’accueil, espaces de coworking
Implanter un défibrillateur au hasard, parce qu’un mur est disponible, expose à une perte d’efficacité majeure. Une démarche de cartographie des risques permet de cibler les zones où l’arrêt cardiaque est le plus probable ou le plus critique : ateliers de production avec efforts physiques importants, zones de manutention, parkings souterrains, salles de sport d’entreprise, mais aussi halls d’accueil et espaces de coworking très fréquentés.
Cette analyse doit croiser plusieurs paramètres : densité de population, âge moyen, présence de publics fragiles, délais d’intervention des secours, accessibilité du lieu. Un open space avec 200 salariés de plus de 50 ans, éloigné des secours, représente un environnement où l’installation d’un DAE devient rapidement justifiable dans un DUERP. À l’inverse, un bureau isolé de quelques personnes peut se contenter de s’appuyer sur un DAE situé dans un hall commun, à condition que le délai d’accès reste compatible avec l’objectif des trois minutes.
Distance d’intervention cible « 3 minutes » : calcul des temps de trajet interne et optimisation du maillage des DAE
Un arrêt cardiaque se joue en minutes. Les études montrent qu’au-delà de 7 minutes sans défibrillation, la mortalité avoisine 98 %. C’est pourquoi de nombreux experts recommandent une distance maximale permettant d’accéder au DAE et de revenir vers la victime en moins de trois minutes. Comment traduire ce principe sur le terrain ? En calculant les temps de trajet réels : escalier, badge obligatoire, portes coupe-feu, circulation du public, etc.
Sur un grand site industriel ou un centre commercial à plusieurs niveaux, cela conduit souvent à prévoir plusieurs DAE, répartis stratégiquement. Un maillage pertinent consiste à positionner les appareils près des points de passage obligés : accueil, contrôle d’accès, entrées principales, proximité des ascenseurs. Dans certains sites, des exercices chronométrés permettent d’ajuster l’implantation jusqu’à atteindre le temps de trajet cible.
Contraintes d’accessibilité PMR, signalétique normalisée (pictogramme ILCOR, norme ISO 7010 E010) et positionnement en hauteur
La réglementation impose que le DAE soit visible et facilement accessible. Cela implique de respecter les contraintes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, notamment en termes de hauteur de pose (en général, la poignée du coffret entre 1,20 m et 1,50 m) et de dégagement devant l’appareil. La signalétique doit être conforme aux recommandations ILCOR et à la norme EN ISO 7010, avec le pictogramme E010 : un cœur vert surmonté d’un éclair et d’une croix blanche.
Une bonne pratique consiste à jalonner le chemin jusqu’au défibrillateur par plusieurs panneaux directionnels, surtout dans les ERP complexes (centres commerciaux, hôpitaux, stades). L’objectif est simple : même sous stress, un témoin doit repérer le DAE en quelques secondes. Une signalisation claire, homogène et bien entretenue contribue à cette lisibilité. Comme pour la signalisation incendie, la cohérence graphique renforce la reconnaissance immédiate du symbole.
Implantation en lieux publics à forte fréquentation : gares SNCF, centres commerciaux, stades, établissements scolaires et universités
Dans les gares, centres commerciaux, stades ou campus universitaires, les enjeux se complexifient encore. Ces lieux concentrent une forte affluence, des flux variés (voyageurs, supporters, étudiants, touristes) et des configurations architecturales parfois labyrinthiques. L’implantation d’un DAE doit donc tenir compte des pics de fréquentation, des zones de regroupement (quais, entrées de stade, cafétérias, amphithéâtres) et des heures d’ouverture.
Les retours d’expérience des grands événements sportifs récents montrent qu’un maillage serré de défibrillateurs, correctement signalés, a permis plusieurs sauvetages spectaculaires, souvent relayés dans les médias. Ces cas renforcent la culture de prévention et contribuent à banaliser l’image du DAE, au même titre qu’un extincteur ou qu’une trousse de secours. Pour un gestionnaire de lieu public, cette visibilité positive s’ajoute aux bénéfices évidents en termes de sécurité du public.
Procédures d’utilisation des DAE et articulation avec la chaîne de survie (ALR, RCP, appel 15/112)
Intégration du DAE dans la chaîne de survie : alerte précoce, massage cardiaque externe, défibrillation, réanimation avancée
Un défibrillateur n’est efficace que s’il s’inscrit dans la chaîne de survie : reconnaissance de l’arrêt cardiaque, alerte immédiate, réanimation cardio-pulmonaire (RCP), défibrillation précoce, puis prise en charge médicalisée. Imaginer la chaîne de survie comme une succession de maillons permet de comprendre qu’un DAE seul, sans massage cardiaque et sans appel au 15/112, reste insuffisant. Les recommandations internationales insistent ainsi sur le triptyque : alerter, masser, défibriller.
Concrètement, dès qu’une victime est inconsciente et ne respire pas normalement, la première personne sur place doit alerter les secours (15 ou 112) et demander à quelqu’un d’aller chercher le DAE. Le DAE guide ensuite l’utilisateur par messages vocaux, tandis que le régulateur médical du SAMU supervise la situation au téléphone. Plus vous habituez les salariés et le public à cette logique, plus les réactions seront rapides et coordonnées.
Protocole standardisé d’intervention en entreprise : témoin, sauveteur secouriste du travail (SST), PC sécurité, accueil des secours
En entreprise ou dans un ERP, un protocole d’intervention clair réduit la confusion. Un schéma type peut s’articuler ainsi :
- Le témoin constate l’arrêt cardiaque, alerte immédiatement le PC sécurité ou le numéro interne d’urgence et lance le massage cardiaque.
- Un SST ou un salarié désigné se rend au DAE le plus proche, le rapporte sur place et commence la défibrillation.
- Le PC sécurité appelle le
15/112, envoie un agent à l’entrée pour guider les secours et consigne l’incident.
Ce type de protocole doit être formalisé, affiché et répété lors d’exercices. Un parallèle peut être fait avec les procédures incendie : sans répétition, le jour J, la panique prend le dessus. Des drills réguliers, même courts, augmentent considérablement l’aisance des équipes et la probabilité que chacun sache « qui fait quoi » sans hésitation.
Adaptation des procédures aux populations spécifiques : enfants, femmes enceintes, travailleurs isolés, personnes âgées en ERP
Certaines populations nécessitent une attention spécifique. Les enfants, par exemple, requièrent l’usage d’électrodes pédiatriques ou un mode dédié, mais le principe d’action reste le même : massage cardiaque et défibrillation précoce. Les femmes enceintes doivent être prises en charge comme tout adulte, en minimisant simplement la pression sur le bas de l’abdomen lors de la RCP. Pour les personnes âgées, très présentes dans certains ERP médico-sociaux, la probabilité d’arrêt cardiaque est plus élevée, ce qui justifie un maillage de DAE plus dense.
Le cas des travailleurs isolés pose une autre question : comment assurer une réponse rapide si personne n’est à proximité immédiate ? Dans ce contexte, des dispositifs complémentaires (détecteurs de chute, alarmes PTI, localisation précise des DAE pour les collègues) renforcent l’efficacité du dispositif. Les procédures doivent intégrer ces réalités et prévoir des scénarios adaptés, y compris en horaires décalés ou de nuit.
Gestion des situations particulières : milieu bruyant, zones ATEX, présence d’eau, port d’EPI et risques électriques
La réalité du terrain impose parfois des contraintes fortes à l’utilisation d’un défibrillateur. Dans un milieu très bruyant (atelier, chantier), la compréhension des messages vocaux peut être difficile. Certains DAE proposent des indications visuelles renforcées, mais il reste prudent de prévoir un entraînement spécifique pour que les utilisateurs repèrent rapidement les icônes critiques. En zone ATEX, la compatibilité du matériel avec les atmosphères explosives doit être analysée, notamment en lien avec le fabricant.
La présence d’eau (piscine, spa, quai portuaire) nécessite de sécher rapidement le thorax avant de poser les électrodes, pour limiter les risques de conduction parasite. Quant au port d’EPI (gants isolants, tabliers, harnais), il ne doit pas retarder les gestes de survie. Le défibrillateur est conçu pour n’analyser et délivrer un choc que lorsque les conditions sont sûres ; le principal danger reste l’inaction. Une bonne formation lève beaucoup de craintes infondées, comme la peur d’« électrocuter » un collègue en utilisant l’appareil.
Formation, sensibilisation et maintien des compétences à l’usage du défibrillateur en milieu professionnel
Articulation des formations SST, gestes qui sauvent, PSC1 et modules spécifiques DAE pour les salariés
Depuis 2007, toute personne, même non médecin, est autorisée à utiliser un DAE. Juridiquement, aucune formation n’est donc obligatoire. Sur le plan opérationnel, l’absence de formation se traduit souvent par des hésitations, des gestes tardifs et une perte de chances pour la victime. Les formations SST, PSC1 et les modules « gestes qui sauvent » intègrent désormais systématiquement le volet défibrillation.
Pour un employeur, articuler ces différents dispositifs offre une montée en compétence progressive : un noyau de SST bien formés, complétés par une large base de salariés initiés aux gestes qui sauvent. Des modules courts, centrés sur la reconnaissance de l’arrêt cardiaque, l’appel au 15/112 et l’utilisation d’un DAE spécifique au site, permettent de lever les freins. Une bonne pratique consiste à utiliser un modèle de formation identique à celui installé sur place, de manière à créer un réflexe immédiat le jour J.
Programmes de formation certifiants : INRS, Croix-Rouge française, protection civile, pompier volontaire-formateur
Différents organismes proposent des formations certifiantes incluant l’usage du DAE : INRS via le réseau CARSAT/OPPBTP, Croix-Rouge française, Protection Civile, unions de sapeurs-pompiers. Chaque structure dispose de programmes adaptés au milieu professionnel, en présentiel ou en blended learning. Vous pouvez ainsi organiser des sessions ciblées pour les équipes HSE, les agents de sécurité ou les managers de proximité.
Un point intéressant est l’intégration de la loi n°2020-840 sur le « citoyen sauveteur », qui renforce la protection juridique des personnes intervenant de bonne foi. En rendant cette notion explicite lors des formations, la peur de « mal faire » recule, et les salariés se sentent plus légitimes pour agir. Cette évolution législative récente illustre une tendance forte : encourager l’engagement de chacun dans la chaîne de secours.
Plan annuel d’exercices et simulations d’arrêt cardiaque en entreprise : drills, jeux de rôle, débriefing post-exercice
La formation initiale ne suffit pas. Comme pour un exercice incendie, la répétition est indispensable. Mettre en place un plan annuel d’exercices d’arrêt cardiaque, avec scénarios variés (arrêt en salle de réunion, dans l’atelier, au parking), permet de tester à la fois le matériel, les procédures et les comportements. Les drills peuvent prendre la forme de jeux de rôle chronométrés, avec observateurs chargés de relever les points forts et les axes d’amélioration.
Le débriefing post-exercice est un moment clé : il offre un espace pour verbaliser les émotions, corriger les erreurs techniques et ajuster les procédures. Beaucoup de responsables constatent qu’après une ou deux simulations, les salariés gagnent une assurance notable, osent utiliser le DAE sans attendre l’arrivée d’un « expert » et adoptent une attitude beaucoup plus proactive face à l’urgence.
Actions de sensibilisation grand public en ERP : affichage pédagogique, QR codes vidéo, campagnes « tous secouristes »
Dans un ERP, la sensibilisation du public est un complément naturel à la présence d’un DAE. Affiches pédagogiques expliquant la chaîne de survie, QR codes renvoyant à de courtes vidéos de démonstration, campagnes locales « Tous Secouristes » ou « 2 heures pour sauver une vie » contribuent à ancrer le réflexe d’intervention. La loi encourage d’ailleurs la sensibilisation du grand public, notamment dans les établissements scolaires.
Pour un gestionnaire de site, ces actions représentent un investissement modeste au regard des bénéfices potentiels. Une communication régulière autour de la localisation des DAE, des gestes qui sauvent et du statut de « citoyen sauveteur » renforce la culture de prévention. Certains ERP vont plus loin en intégrant des démonstrations lors d’événements internes ou en s’adossant à la Journée mondiale des premiers secours pour lancer des opérations de sensibilisation.
Maintenance, traçabilité et conformité opérationnelle des DAE en entreprise et lieux publics
Plan de maintenance préventive et corrective : contrôles visuels, autotests, contrats de maintenance avec installateurs agréés
La maintenance des DAE est au cœur de la note d’information DGS/PP3 du 3 octobre 2025 : un défibrillateur doit être opérationnel à tout moment. Le Code de la santé publique impose à l’exploitant de veiller à l’exécution de la maintenance, qu’elle soit réalisée par le fabricant, un prestataire tiers ou en interne. Un inventaire des appareils (modèle, numéro de série, version logicielle, localisation) et un registre des opérations sont obligatoires.
Un plan de maintenance préventive efficace combine les autotests de l’appareil (généralement quotidiens ou hebdomadaires) et des contrôles visuels réguliers : intégrité du boîtier, témoin d’état vert, absence de vandalisme. Un contrat de maintenance avec un installateur agréé, couvert par une assurance responsabilité civile professionnelle adaptée aux dispositifs médicaux, sécurise encore davantage la démarche.
Gestion des consommables : péremption électrodes, remplacement batteries, vérification journalière des témoins d’état
Deux consommables conditionnent principalement la fiabilité d’un DAE : les électrodes et la source d’énergie (pile ou batterie). Le gel conducteur des électrodes se dessèche avec le temps, généralement entre 2 et 5 ans, selon les modèles et les conditions de stockage. De même, la batterie doit être remplacée selon les préconisations du fabricant, souvent tous les 3 à 7 ans, ou après un certain nombre de chocs délivrés.
Une bonne pratique consiste à intégrer les dates de péremption dans un tableau de suivi ou un logiciel GMAO, avec des alertes automatiques. La vérification quotidienne ou hebdomadaire des témoins d’état (LED verte, icône de défaut) peut être confiée à un agent de sécurité ou à un responsable de site, avec mention systématique dans le registre. Tout élément endommagé ou périmé doit être remplacé immédiatement, sans attendre la prochaine visite de maintenance planifiée.
Traçabilité des interventions et des utilisations : registre de sécurité, rapports post-utilisation, conformité RGPD des données enregistrées
Chaque opération de maintenance, chaque remplacement de consommable et chaque utilisation réelle du DAE doit être tracé. Le registre de sécurité mentionne la date, la nature de l’intervention, l’identité de l’intervenant et, le cas échéant, le compte rendu du prestataire. En cas d’utilisation sur une victime, certains appareils enregistrent des données médicales (courbes ECG, séquence des chocs). Leur extraction et leur transmission aux services de secours doivent respecter le cadre RGPD.
Autrement dit, les données de santé sont considérées comme sensibles et ne peuvent être conservées ou partagées qu’avec les personnes habilitées (services de secours, médecins). Pour un exploitant, la règle est simple : ne pas stocker inutilement ces informations en interne et se conformer aux recommandations du fabricant et de l’ANSM. La traçabilité constitue un atout en cas de contrôle des autorités sanitaires ou d’expertise judiciaire.
Déclaration et géolocalisation des DAE sur le portail Géo’DAE du ministère de la santé et synchronisation avec les applications grand public
La loi du 28 juin 2018 a créé une base de données nationale des DAE : Géo’DAE. Tout exploitant d’un défibrillateur accessible au public doit y déclarer son appareil, en précisant l’adresse, la localisation précise (étage, zone), les horaires d’accessibilité et l’état de maintenance. Cette base est ensuite utilisée par les services de secours, mais aussi par des applications grand public qui aident à localiser les DAE en situation réelle.
Pour vous, la déclaration sur Géo’DAE n’est pas seulement une obligation réglementaire : c’est un moyen concret de rendre votre dispositif utile au plus grand nombre. Un défibrillateur déclaré et géolocalisé peut être guidé à un témoin d’arrêt cardiaque se trouvant à proximité, même s’il n’a aucun lien avec votre établissement. L’obligation de mise à jour régulière des données garantit, de plus, que l’information reste fiable dans le temps.
Financement, aides publiques et intégration du DAE dans la politique RSE de l’entreprise
Budgétisation globale du projet DAE : acquisition, installation, formation, maintenance pluriannuelle
Un projet DAE réussi se pense en coût global, et non en simple prix d’achat. Outre le coût du défibrillateur lui-même, il faut intégrer celui du coffret mural (éventuellement chauffant), de la signalisation, de la formation initiale des salariés, des sessions de recyclage, de la maintenance préventive et des consommables sur plusieurs années. Certains experts recommandent de raisonner sur un horizon de 8 à 10 ans, durée de vie moyenne d’un parc bien géré.
Un budget détaillé permet de comparer objectivement plusieurs solutions : achat direct, location avec maintenance incluse, contrat de service global. Les coûts indirects, comme le temps passé par les équipes à gérer la maintenance ou à organiser les exercices, doivent aussi être valorisés. Une approche structurée évite les « fausses économies » qui consistent à réduire les dépenses de maintenance au risque de rendre le dispositif inopérant.
Mobilisation des aides et subventions : prévention des risques professionnels, ARS, collectivités territoriales, caisses régionales
Plusieurs dispositifs d’aides peuvent soutenir l’investissement. Les ARS (agences régionales de santé), les collectivités territoriales, certaines caisses régionales d’assurance retraite ou de sécurité sociale, voire des mutualités, soutiennent ponctuellement l’achat de DAE dans le cadre de programmes de prévention. Des appels à projets thématiques (santé publique, sport-santé, prévention en milieu scolaire) peuvent aussi constituer des opportunités de cofinancement.
Dans le champ de la prévention des risques professionnels, des aides ciblées existent parfois pour les TPE/PME via les caisses de Sécurité sociale (ex-actions de type « TMS Pros » transposées à la prévention des risques cardio-vasculaires). Se tenir informé des campagnes régionales, des appels à projets et des aides ponctuelles permet de réduire le reste à charge et de déployer un maillage plus ambitieux, notamment dans les petites structures.
Intégration du dispositif DAE dans la démarche RSE, le DUERP et les reporting extra-financiers (CSRD, indicateurs santé-sécurité)
Au-delà du strict respect de la réglementation, un dispositif de défibrillation bien pensé s’intègre parfaitement dans une démarche RSE globale. Le DAE devient alors un symbole visible de l’engagement de l’entreprise ou de l’ERP en faveur de la santé et de la sécurité des personnes : salariés, clients, usagers, visiteurs. Dans le cadre des nouveaux rapports extra-financiers (CSRD), les indicateurs santé-sécurité gagnent en importance, et la présence d’un réseau de DAE opérationnels constitue un élément objectivable.
Intégrer la gestion des défibrillateurs dans le DUERP, le plan de prévention des risques et les indicateurs de performance QVT (qualité de vie au travail) permet de passer d’une logique d’obligation à une logique de culture de prévention. Pour un dirigeant, afficher clairement cet engagement, l’associer à des campagnes de sensibilisation internes et externes, et le relier aux valeurs de l’organisation, renforce la cohérence globale de la politique RSE et la confiance des parties prenantes dans la capacité de la structure à protéger la vie.